IFAT - Institut Français de l'Analyse Transactionnelle

Les Champs de l'A.T

La théorie des organisations de Berne dans les quatre champs de l'AT

De François Vergonjeanne

La Théorie des Organisations de Berne (T.O.B) touche tous les champs de l'Analyse Transactionnelle : clinique, éducation, organisations et guidance ; mais aussi d'autres courants de pensée. C'est ce que rappelle François VERGONJEANNE qui incite par ailleurs aux rencontres entre les différentes disciplines pour qu'elles s'enrichissent mutuellement.

Les humains vivent en groupes et appartiennent à des organisations. L'Homme est un être collectif. L'analyse transactionnelle en tant que théorie de l'humain, porte un regard sur les aspects individuel, relationnel et groupal de l'Homme.

Bien que l'AT soit surtout utilisée pour ces deux premières composantes, le thérapeute, l'enseignant ou le conseil en guidance peuvent appliquer avec efficacité la théorie des organisations de l'analyse transactionnelle, ou T.O.B.


la TOB dans le champ clinique

Berne a inventé l'AT pour faciliter la guérison de ses patients. Le champ clinique est donc tout naturellement le domaine d'origine de l'AT. Berne pensait que le thérapeute devait être attentif à ce qui se passait chez les personnes lorsqu'elles étaient en relation. Le groupe de thérapie est le creuset idéal pour observer ce qui se joue dans le scénario du client. Avec une théorie, on peut nommer et surtout partager avec les patients l'interprétation des faits observés dans le groupe. Berne explorait également la matière théorique des groupes et des organisations. Il puisait son inspiration à différentes sources. Aux grecs anciens, il a emprunté le terme « d'Evhémère » (le leader fondateur et héroïque du groupe). Le terme « d'Etiquette » vient de la cour des rois de France à Versailles. 

Son intuition le guide vers une notion qui émerge à peine : la différence entre l'organisation officielle (visible au regard du public) et l'organisation officieuse (invisible au regard du public). Toutes ces notions seront reprises quelques années plus tard par les sociologues des organisations.

Berne a également l'intuition de la notion de système. D'ailleurs l'une des définitions des états du moi est celle d'un système cohérent de pensées, d'émotions et de comportements associés. De même pour les groupes, il les présente comme un système cohérent dont il décrit les composantes et le fonctionnement. 

En tant que thérapeute Berne expérimentait sa pratique des groupes sous deux angles : le thérapeute EN groupe, et le thérapeute DE groupe. La distinction n'est pas seulement sémantique.

Le thérapeute EN groupe aide et soigne les personnes en se servant du groupe. Le thérapeute DE groupe soigne le groupe en tant qu'entité individuelle : une famille, un hôpital, une association, une entreprise commerciale, etc...

Le livre de Berne « Principes de traitement psychothérapeutique en groupe » nous transmet ses réflexions et ses méthodes. Il décrit en quoi le groupe favorise l'émergence du scénario. A travers les jeux psychologiques qui émergent entre les individus et les répétitions de ceux-ci, Berne propose des modes de traitement.

Depuis l'ouvrage de Berne, d'autres auteurs comme Petruska Clarkson ont fait des apports majeurs sur le rôle des leaders. Que doit-il faire pour favoriser l'activité du groupe ? Quels sont les comportements qui facilitent ou freinent l'autonomie des personnes et du groupe ? Le thérapeute qui ignore ces notions ou méconnait l'importance des imagos risque fort de minimiser sa puissance et son efficacité.


La TOB dans le champ éducation

Berne a peu écrit sur l'enseignement et la pédagogie. Etait-il bon professeur ? Le but à atteindre pour un pédagogue n'est pas seulement la transmission d'une connaissance ou d'un contenu, mais aussi l'adhésion d'un auditoire. 

Nous avons certainement tous rencontré un enseignant qui nous a fait progresser dans sa matière. Connaissait-il mieux que ses collègues le contenu du programme ? Peut-être, mais sa qualité première était l'art de transmettre. Cet enseignant qui reste dans nos mémoires et qui a imprimé notre imago, savait certainement animer et tenir une classe. Il utilisait les ressorts d'un collectif pour créer une saine émulation, une bonne coopération, et élever ses élèves au plus haut niveau.

Combien de jeunes enseignants se sentent démuni quand ils arrivent la première fois, seuls, devant une classe. Une muraille de regards pas toujours amicaux leur fait face.

« J'étais seul dans l'arène. On ne m'avait jamais appris à gérer la prise de contact du premier jour ». 

D'autres situations évoquées par des enseignants de tout âge montre qu'une solide compréhension des phénomènes de groupe leur serait précieuse et protectrice : 

On ne m'avait jamais dit comment faire quand un élève mettait le bazar dans la classe ... 

Le directeur de l'école m'a convoqué : « Ce n'est pas possible votre classe ! Faites quelque chose, tenez-le ! » Et alors ... je fais quoi ? 

L'ambiance en salle des professeur me déplait. On y rejoue les mêmes jeux que ceux de nos élèves en cours de récréation. Je m'attends à autre chose de la part d'adultes.

Nier qu'un enseignant a besoin d'un solide savoir-faire dans le pilotage des groupes, c'est nier une grande partie de son travail. Les enseignants sont tous très bien formés au contenu de leur matière. Mais la compétence d'un professeur est multiple : une compétence d'expertise dans sa matière, une compétence dans la relation avec chaque élève, et une compétence dans la gestion d'un groupe.  Pour les deux dernières, l'analyse transactionnelle est pertinente.

Quand certains enseignants découvrent la puissance explicative des simples petits schémas qui illustrent les phénomènes de leur classe, ils sont souvent subjugués. « Alors, c'est parce que la frontière externe est poreuse que tout fuit ?! C'est donc à moi, le leader, de poser les limites pour favoriser l'activité ?! ». Ou bien : « Je comprends maintenant pourquoi l'appareil du groupe est si important. Avant je faisais ça intuitivement, maintenant je saurai organiser l'appareil pour déléguer et développer la cohésion de la classe. Et quand j'aurai des stagiaires futurs collègues, je saurai leur expliquer. » Quand les enseignants découvrent l'intérêt et l'utilité d'une phase d'assaut ils disent : « Mais pourquoi ne m'en a-t-on jamais parlé dans mes études de prof ? ». Savoir repérer, accueillir et accompagner cette phase est la marque d'une belle maîtrise des processus de groupe. Ensuite, quel confort ! La classe s'autonomise progressivement. Les élèves coopèrent plus facilement et la pédagogie différenciée est infiniment plus facile à mettre en place. 

Avec la TOB, les enseignants ont les moyens de comprendre et d'agir sur leur environnement. 

Pédagogues et enseignants, élargissez votre panoplie d'outils pour vous aider dans votre tâche, améliorer votre confort relationnel et celui de vos élèves !


La TOB dans le champ guidance

Pour les analystes transactionnels qui interviennent dans les domaines socio-psychologiques et culturels, le travail de guidance permet aux clients de développer leur conscience et leur savoir-faire. 

Les demandes d'aide sont de nature variée : coaching, accompagnement des travailleurs sociaux, etc... 

La question que se pose l'analyste transactionnel du champ guidance est la suivante : comment aider mon client à se placer en position meta ? Comment l'aider à décoder les mécanismes sous-jacents dans l'organisation qu'il côtoie ?

Sans grille de lecture des groupes et des organisations, l'intervenant du champ guidance est limité dans ses interventions. Il ne peut aider son client qu'à identifier les ressources et les blocages au niveau intra-psychique et relationnel, mais pas au niveau organisationnel. Dès lors, comment le client peut-il aborder le système dans lequel il évolue ? Quand l'aider à comprendre la structure invisible (structure privée) de l'organisation ? Comment lui donner des grilles de repérage pour décoder et s'adapter à la culture ambiante ? Voici quelques notions qu'un analyste transactionnel peut transmettre à ses clients s'il connaît lui-même la théorie des organisations de Berne.

Je me souviens du coaching d'un cadre qui avait démissionné. Il était en désaccord profond avec la nouvelle stratégie de l'entreprise, et le fait de pouvoir identifier l'écart entre ses valeurs personnelles et les nouvelles règles et étiquettes de l'entreprise, lui a permis de débuter un processus de deuil.

Je me souviens d'une consultante qui coachait un directeur général et pensait que l'autorité de la fonction suffisait pour faire avancer l'activité de l'entreprise. Mais elle buttait sur un écueil majeur : l'autorité ne s'exerçait pas là où elle croyait. Le fait de nommer les différents types de leaders et les différents éléments du canon qui faisaient autorité, a permis à cette consultante d'ajuster ses interventions de façon ciblée pour aider son client. Elle a compris l'importance de l'appareil et a pu ainsi coacher son client pour une meilleure démultiplication de ses actions.


La TOB dans le champ des organisations

L'AT DANS les organisations, c'est l'application des concepts classiques d'AT dans le monde des organisations. L'AT DES organisations est l'utilisation de la Théorie des Organisations de Berne (TOB) pour comprendre, intervenir et « guérir » les organisations. 

L'analyste transactionnel utilise les deux. Quand il intervient pour aider une personne dans l'accompagnement d'une prise de poste, en utilisant les états du moi, les positions de vie, les signes de reconnaissance, le mini scénario, il fait de l'AT dans les organisations.

Mais quelques fois l'intervenant souhaite aider son client à comprendre et agir sur l'organisation elle-même. Pour éclairer, diagnostiquer et intervenir sur le groupe en tant que tel et comprendre les aspects systémique de l'entreprise, de l'association, ou de l'hôpital qu'il pilote, l'analyste transactionnel a besoin d'un modèle de sociologie des organisations. La TOB fournit une réponse très pertinente à ce besoin.


Conclusion

La théorie des organisations de Berne est précieuse pour tout analyste transactionnel. Qu'il soit du champ clinique, guidance, éducation, ou organisation, l'analyste transactionnel d'aujourd'hui ne peut plus ignorer cette partie de l'AT.

Pour Berne, une organisation n'est pas un grand groupe. C'est un groupe plus complexe. C'est le nombre de frontières qui donnent une structure à l'édifice qui permet de dire si l'on est face à un groupe ou à une organisation. Ce n'est pas la taille de l'effectif mais le nombre de subdivisions qui fait la complexité. 

La théorie des organisations de Berne irrigue la pensée et la pratique de nombreux intervenants. Qu'ils soient analystes transactionnels ou pas, la TOB est de plus en plus utilisée car elle démontre chaque jour sa pertinence et sa puissance. 

Comme Berne, n'ayons pas peur des chemins de traverse. Les carrefours et les rencontres entre champs, disciplines, et modes de pensées sont féconds. Empruntons-les !