IFAT - Institut Français de l'Analyse Transactionnelle

Notes de lecture

”Catch them before they fall. The psychoanalysis of Breakdown”

De Christopher Bollas Par Patrick Bailleau

Dans un ouvrage paru récemment aux Etats-Unis, au Canada et en Grande-Bretagne, le psychanalyste Christopher Bollas propose un nouveau paradigme clinique de la dépression. Son approche interpelle car elle modifie le cadre standard, académique de la psychanalyse ; mais pas son processus. Elle est radicale et ne concerne qu'un nombre limité de patients; ceux qui risquent de basculer vers une décompensation. Elle mérite un détour de la part des analystes transactionnels dans la mesure où, à mon sens, elle relève plus de la thérapie que de l'analyse. Bollas part de l'affirmation que la dépression (breakdown) peut devenir un passage (breakthrough) si elle est traitée à temps. Un passage, car il estime que l'objectif inconscient de la dépression est de présenter le soi à l'autre afin d'en obtenir une compréhension susceptible d'entrainer une transformation, afin que sa détresse fondamentale soit rencontrée et comprise directement. Il écrit : « Une dépression est la plus puissante action différée dans la vie d'une personne. Elle apporte avec elle une combinaison particulièrement intense de vulnérabilité, de désir d'être aidé et de volonté de coopérer dans le cadre d'une nouvelle alliance thérapeutique ; ceci combiné avec une diminution des défenses et des résistances, un degré élevé de spécificité en relation avec le problème central inconscient et une nouvelle valeur de l'historicité. Le soi est envahi par les séquelles d'expériences émotionnelles et vous avez là un événement possédant un potentiel thérapeutique énorme. » (page 118). Bollas juge que l'hospitalisation, les médications intensives, les approches comportementalistes détruisent cette opportunité, suscitent « l'ossification » de la dépression sur un mode de basse intensité et créent « un soi brisé » (broken self), les patients vivant une « retraite psychique » pour le reste de leur vie. Pour lui, l'analyste n'a d'autre choix que de proposer à ce type de patients des séances étendues dont les modalités différent selon la manière dont survient la dépression. Si l'évolution de celle-ci est progressive, il propose plusieurs séances par jour. Si la dépression survient brutalement, la séance dure alors de 9 h à 18h avec seulement une pause pour le repas de midi. Ces séances étendues durent le temps du pic de dépression; l'analyse reprenant son cadre normal lorsque le pic est dépassé. Dans sa pratique d'une trentaine d'années maintenant, il a constaté que pour les dépressions brutales ces périodes intensives ne dépassaient pas 3 jours. Bollas insiste fortement sur le fait que pendant cette période un environnement contenant doit être offert au patient. Il considère que l'analyste lui apporte des « soins hospitaliers » dans le cadre de la vie ordinaire sans l'effet traumatisant de l'hospitalisation. Il s'entoure pour ce faire d'une équipe comprenant un psychiatre, un généraliste et si nécessaire un travailleur social ...ainsi qu'un chauffeur de taxi assurant pendant la phase critique le transport du patient entre son domicile et le cabinet. Outre cette approche très particulière qui soulève bien des questions auxquelles il répond dans la seconde partie de l'ouvrage, l'auteur apporte aux cliniciens de nombreux éclairages techniques. Ceux qui le connaissent retrouveront des concepts comme « l'impensé connu » ou « l'idiome », mais en découvriront aussi de nouveaux comme le « soi brisé » précédemment évoqué. Il reste à espérer pour ceux qui ne lisent pas l'anglais que ce psychanalyste majeur qui bouleverse tranquillement mais sûrement le monde anglo-saxon soit un peu plus traduit en français. Son seul ouvrage actuellement disponible dans notre langue est « Le moment freudien » aux Editions Ithaque. Chistopher Bollas: « Catch them before they fall; the psychoanalysis of breakdown ».Editions Routledge, Londres et New-York ( pages. 1.Titre qui pourrait être traduit ainsi : « Saisissez-les avant qu'ils ne tombent. Psychanalyse de la dépression»