IFAT - Institut Français de l'Analyse Transactionnelle

A.T et phénomènes sociétaux

Et si...nous osions l'engagement ?

De Jean-Paul Godet. TSTA.E

Quels liens - pour un analyste transactionnel- entre l'engagement social et l'autonomie telle que la comprend l'analyse transactionnelle ? Partant de deux événements qui ont marqué la vie publique ces derniers mois, Jean-Paul Godet nous propose de réfléchir sur la cohérence entre notre vie de citoyen et notre pratique professionnelle. Pour lui, conscience, intimité et responsabilité trouvent leur pleine puissance à travers la relation à autrui et à l'environnement.


La mort de Stéphane HESSEL et plus récemment, l'affaire CAHUZAC  ont marqué et marqueront encore longtemps les esprits, à n'en pas douter, ces deux évènements   feront date dans l'histoire. Pour des raisons bien différentes, chaque personnage fut à l'origine d'une véritable onde de choc médiatique. Le premier, par son charisme, son engagement et sa rébellion a voulu réveiller  nos consciences endormies. Le deuxième, par un mensonge impliquant l'Etat, par son éthique douteuse, a gravement entaché l'image des hommes politiques. Engagé en tant que citoyen et élu local, je me sens touché et bousculé... ma formation d'analyste transactionnel m'amène à m'interroger sur le sens de ces évènements et à interroger particulièrement le concept d'autonomie.

La société est le théâtre de JEUX... 

Un ministre du budget pris la main dans le sac, voilà un coup de théâtre peu banal ! Les indignés sont davantage indignés ! Les résistances s'organisent et les surenchères de critiques se succèdent. Un jeu sociétal se déroule sous nos yeux. 

Les médias relatent régulièrement des luttes de places et de pouvoir. Les besoins de reconnaissance sont exacerbés, l'appât du gain et  la recherche de la notoriété en sont les principaux vecteurs.  La démocratie est mise à mal par des formes d'oligarchies organisées au sein de partis politiques ou de forces économiques influentes (groupes de pressions, multinationales). Les jeux psychologiques ou les jeux de pouvoir, auxquels se livrent quelques individus, se retrouvent liés à des enjeux plus importants au niveau d'une ville, d'une région ou d'un état.  Dans ces jeux, les coups de théâtre prennent la forme de grèves, de licenciements, de règlements de compte, de guerres fratricides.... En résultent des souffrances humaines, souvent exposées  au grand public. Elles attirent quantité de sauveteurs et tout autant de persécuteurs.  Lisez les commentaires sur des forums internet, écoutez les propos à la pause-café, vous y entendrez un foisonnement de conclusions hâtives et d'interprétations abusives. La sphère publique se mélange à la sphère privée. Les personnes et les rôles sont confondus. 

Au-delà des apparences....les points faibles sociétaux

 Quand un homme montre la lune avec son doigt, l'imbécile  regarde  le doigt ! Le symptôme n'est pas le problème. Le mensonge ne doit  focaliser toute notre attention.  Il est humainement bien naturel d'être choqué et décontenancé, surtout quand la confiance et le respect font partie des socles de notre éducation. Ne soyons pas naïfs ! Quelques-soient les déclarations sur l'honneur, les engagements sur la bible ou le coran, le mensonge continuera d'exister et de se propager.  Une société démocratique qui se veut juste et équitable doit impérativement s'appuyer sur des garde-fous fiables et solides qui protègent l'individu et la collectivité. Car l'Homme sera toujours Homme, avec ses ressources, ses limites, ses faiblesses et ses défenses conscientes et archaïques. Dans l'affaire CAHUZAC, le mensonge est moins  choquant et dangereux  que l'absence de contrôle.  Même devant quelqu'un qui affirme publiquement  « droit dans les yeux » qu'il n'a rien à voir dans tout cela, la légitime présomption d'innocence ne dédouane pas de la recherche de la vérité. En référence à la Théorie des organisations d'Eric Berne, l'Appareil  de l'ETAT doit retrouver toute sa puissance, sans confondre  le point faible individuel (le déni de Monsieur CAHUZAC) du  point faible sociétal que je vois comme un laxisme institutionnel face aux multiples influences politico-économiques. La persécution n'est pas dans le contrôle en tant que tel, qui est légitime et protecteur, mais dans l'absence de sens et d'éthique  du contrôle. Redonner du crédit à la politique et à ses acteurs est un des défis majeurs pour  la démocratie de demain, sinon, les discours démagogues fleuriront et fédèreront les populations déçues et amères de voir leurs besoins fondamentaux bafoués. Les jeux de pouvoir sociétaux se joueront, davantage encore, au 3ème degré, et, à une plus grande échelle, ils se multiplieront. D'autres époques ont été témoins de cette triste et dramatique réalité.  

Une autre voie : celle de l'AUTONOMIE et de l'ENGAGEMENT.

Berne définit l'Autonomie, comme le recouvrement des trois qualités : Conscience, Spontanéité, Intimité, Marie-Christine SEYS a déjà proposé d'y rajouter la responsabilité. Pour ma part, je pense qu'être autonome et responsable ouvre nécessairement vers des démarches et postures d'engagement. 

Hessel nous invite à regarder les stimuli des problèmes de notre société à travers le prisme de l'injustice sociale, à travers celui de la dégradation progressive de notre environnement naturel, et celui du pouvoir de l'argent. Au-delà de son message  « indignez-vous ! », il rappelle  l'urgence de faire « autre chose, autrement » pour lutter contre les faillites économiques, humaines et sociales. Il dénonce le manque d'appétit politique, car, sans la politique, dit-il, il ne peut y avoir de progrès pour l'humanité. Nous sommes nombreux à admirer son engagement, sa résistance et son optimiste. Autant de  qualités qui rejoignent nos aspirations personnelles et collectives à travailler à un avenir meilleur, plus juste et plus humain. La force de son témoignage, son audace et son courage ont développé chez beaucoup une énergie pour  s'opposer au conformisme social. Hessel nous invite à l'engagement. 

Un analyste transactionnel peut-il ne pas s'engager ? 

Dans la formation d'analyste transactionnel, la notion « d'engagement » est présente : adhésion à la charte éthique et déontologique de l'EATA, ouverture vers d'autres cadres de références, prévention des  jeux, développement de la Puissance etc...dans tous les cas, on attend du candidat, par une attitude OK, qu'il prenne en compte la réalité de l'autre.

 Pour être gagnant et non « dramatique », le triangle de CHOY s'appuie sur trois dimensions qui, selon moi, représentent et traduisent les contours de l'engagement : 

- la pleine conscience de la vulnérabilité de soi-même et de l'autre. Il est possible de ressentir et d'exprimer sa propre vulnérabilité sans pour autant entrer dans un rôle de victime. Tout autant, il est possible d'entendre, de voir et d'accepter de prendre en compte la vulnérabilité d'autrui, sans lui coller l'étiquette de « victime ». Une conscience éclairée ouvre à la recherche d'informations objectives.  Etre aveugle et sourd devant les souffrances humaines est une réelle méconnaissance, en conséquence, rester muet, passif ou indifférent démontre une position non OK. 

- avoir le souci de l'autre. L'intimité invite à des postures d'écoute et d'accueil. L'altérité construit l'Homme - je ne peux exister en ignorant l'autre, en ignorant son existence et les conditions de cette existence. La générosité n'est pas le sauvetage et  la compassion n'est pas la pitié ! Nous pouvons, dans une vraie proximité relationnelle,  aider l'autre à grandir en responsabilité, et être force de propositions pour le mettre sur la voie lorsqu'il est prêt et demandeur. En lien avec nos compétences et moyens, nous pouvons nous engager avec lui, tout en préservant notre identité et nos besoins propres. 

- l'affirmation de soi. Une démarche responsable peut être source d'indignations. La  confrontation peut être bienveillante. La  dénonciation d'une injustice, ou d'une cause de danger potentielle, n'est pas une délation. Selon la loi, la complicité est un délit. L'engagement implique donc l'affirmation de soi-même. La personne engagée s'ouvre aux critiques, et à des représailles parfois violentes, donc,  audace et courage sont donc nécessaires car cela peut passer par l'affrontement. A nous analystes transactionnels de le rendre constructif et porteur de sens.

A chacun ses engagements... 

En citant l'affaire CAHUZAC et en mettant en relief la personnalité de HESSEL, j'induis certainement des pensées vers le développement d'actions militantes et citoyennes. Aussi  importantes et urgentes soient-elles à mes yeux, elles ne sont pas, pour autant, les seules à envisager.

 En AT, on peut parler d'accompagnement engagé dès lors que le coach, le formateur ou le psychothérapeute, par exemple, se positionne sans ambiguïté devant une défaillance éthique ou déontologique, quand il ose prendre-partie pour la défense et la prise en charge de quelqu'un de vulnérable et de fragile, quand il  prend le risque mesuré d'encourager son client, hésitant et peureux, vers le progrès et la réussite, en lui donnant les encouragements adéquats.

 Dans d'autres cadres de référence, certains s'engagent à travers  l'écriture, les arts plastiques ou le cinéma...je ne crois pas dans la  hiérarchie qualitative de l'engagement, là où certains choisissent la rébellion active, d'autres préfèreront une forme plus discrète qui s'avèrera au final peut -être tout aussi efficace. 

Selon moi, le concept d'engagement, (dimension sociale) est étroitement relié à celui d'autonomie (dimension psychologique) puisque la conscience, l'intimité et la spontanéité  trouvent leur pleine puissance à travers la relation à autrui et à l'environnement. Pour moi,  l'engagement ne peut se vivre sans responsabilité et la responsabilité ne peut se vivre sans engagement !